La corruption figure parmi les principales causes de la lenteur dans le traitement des dossiers judiciaires au Burundi. C’est le constat dressé par le président de la Cour suprême, Gamaliel Nkurunziza, lors d’une réunion avec les responsables des tribunaux et les magistrats. Ces derniers, tout en reconnaissant les difficultés qui affectent le secteur judiciaire, estiment que la faiblesse de leurs salaires constitue l’une des causes profondes de ce phénomène.

En marge de cette rencontre, Gamaliel Nkurunziza a reconnu que certains dossiers connaissent des retards parce que des magistrats se laissent corrompre. Cette situation, selon lui, nuit au bon fonctionnement de la justice et à la confiance des citoyens dans les institutions judiciaires.
Les magistrats présents défendent toutefois une autre lecture du problème. Ils affirment que leurs conditions de vie sont devenues si précaires qu’elles compromettent l’exercice serein de leurs fonctions.
Sophie Karimuncuti, magistrate au tribunal du commerce, explique qu’il est difficile de rendre justice aux autres lorsque l’on vit soi-même dans des conditions de grande précarité.
« Un magistrat peut arriver au tribunal sans avoir laissé de quoi nourrir sa famille. Avec un salaire de 350 000 francs burundais, il doit payer le loyer, assurer la scolarité des enfants et couvrir toutes les dépenses du ménage. Dans ces conditions, certains peuvent être tentés. Je ne dis pas qu’il faut accepter des pots-de-vin, mais la tentation existe lorsque les besoins essentiels ne sont pas satisfaits », a-t-elle déclaré.
Elle estime que l’État devrait améliorer les conditions de vie des magistrats afin de leur permettre d’exercer leur mission avec indépendance et intégrité. Selon elle, assurer une rémunération décente aux juges constitue un investissement indispensable pour garantir une justice équitable.
De son côté, Athanase Niyondagije, magistrat à la Cour administrative, considère que les accusations généralisées de corruption portées contre les magistrats portent atteinte à leur réputation et ne reflètent pas la réalité de l’ensemble du corps judiciaire.
Même son de cloche chez Deo Ntibibuka, assesseur au Tribunal de Commerce. Il souligne que les magistrats jouent un rôle essentiel dans le maintien de la paix sociale et qu’une revalorisation de leurs salaires contribuerait à renforcer leur indépendance et leur efficacité.
En réponse à ces préoccupations, le président de la Cour suprême a indiqué que la question des rémunérations avait déjà été soumise au Président de la République. Gamaliel Nkurunziza se dit confiant quant à une amélioration prochaine des conditions salariales des professionnels de la justice.