Dix ans après la disparition du journaliste Jean Bigirimana, le journal Iwacu et l’organisation Reporters sans Frontières continuent de réclamer que toute la lumière soit faite sur son sort. Lors d’une cérémonie de commémoration organisée le 22 juillet, la rédaction d’Iwacu a réaffirmé son refus de céder à l’oubli, tandis que RSF dénonce une enquête opaque et appelle les autorités burundaises à rendre justice à la famille du journaliste.

À l’occasion de cette commémoration, organisée mercredi 22 juillet, Léandre Sikuyavuga, directeur du journal Iwacu, Léandre Sikuyavuga a rendu hommage à son confrère tout en rappelant que les interrogations sur son sort demeurent entières.
Selon lui, ni le temps écoulé ni les années d’attente n’ont atténué la douleur de la famille, des collègues et de tous ceux qui continuent d’exiger la vérité.
« Dix ans déjà, nous avons tout fait pour savoir qui a arrêté Jean. La douleur, elle, n’a pas bougé. Les questions que nous avons posées il y a dix ans sont toujours les mêmes et nous hantent. Nous les posons de nouveau et nous continuerons à les poser jusqu’à ce que nous obtenions une réponse », a déclaré Léandre Sikuyavuga.
Pour le directeur d’Iwacu, la disparition de Jean Bigirimana dépasse le cadre d’un drame individuel. Elle constitue une blessure profonde pour toute la profession journalistique burundaise et rappelle les risques auxquels sont confrontés les professionnels des médias.
Une relève appelée à poursuivre le combat
Au cours de la cérémonie, la rédaction d’Iwacu a confié aux jeunes journalistes le dépôt de la gerbe de fleurs en mémoire de Jean Bigirimana. Un geste symbolique qui, selon Léandre Sikuyavuga, traduit la volonté de transmettre aux nouvelles générations la responsabilité de défendre le droit à l’information.
« C’est un message fort. La relève est là. Des jeunes journalistes sont prêts à continuer le travail afin que Jean ne soit pas disparu pour rien », a-t-il affirmé.
Il a également salué le courage des journalistes qui ont poursuivi leur mission malgré les difficultés et les menaces, les invitant à rester fidèles aux principes fondamentaux du journalisme.
« Merci d’avoir vaincu la peur, merci d’être restés debout, merci d’avoir gardé la flamme allumée. Soyez les voix de tout le Burundi et donnez la parole à tous », a-t-il lancé.
Selon lui, l’histoire retiendra que des journalistes burundais ont refusé de céder au silence et à l’oubli en poursuivant inlassablement leur quête de vérité.
RSF dénonce une enquête sans avancée visible
Présente à cette commémoration, Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer pour l’Afrique subsaharienne à RSF, a rappelé les circonstances de la disparition de Jean Bigirimana.
Elle indique que le journaliste avait disparu le 22 juillet 2016 alors qu’il se rendait à un rendez-vous professionnel. Avant son enlèvement présumé, il aurait déjà reçu plusieurs menaces. Quelques jours plus tard, des corps avaient été retrouvés dans la zone, sans qu’ils ne soient formellement identifiés.
Dix ans plus tard, souligne RSF, la famille, les proches et les collègues de Jean Bigirimana restent sans aucune information sur son sort.
Selon Jeanne Lagarde, une procédure judiciaire avait bien été ouverte, mais aucune information concrète n’a été communiquée à la famille ou aux confrères du journaliste sur l’évolution de l’enquête.
Elle affirme également que, malgré plusieurs démarches entreprises par RSF auprès des autorités burundaises, l’organisation n’a obtenu aucune réponse officielle concernant l’état d’avancement des investigations.
Quant à Reporters sans Frontières, l’affaire Jean Bigirimana est devenue le symbole de l’impunité qui entoure les violences commises contre les journalistes au Burundi.
L’organisation demande aux autorités burundaises de communiquer clairement sur l’évolution de l’enquête, d’établir les responsabilités et de rendre justice à la famille du journaliste.
RSF rappelle en outre que les autorités burundaises avaient fait de la lutte contre l’impunité une priorité et estime que cette promesse doit désormais se traduire par des actes concrets, afin que toute la lumière soit faite sur la disparition de Jean Bigirimana et que justice lui soit enfin rendue.