Trente ans après le coup d’État du 25 juillet 1996, l’ancien président de la République du Burundi, Sylvestre Ntibantunganya, affirme que ce renversement du pouvoir a interrompu les efforts de dialogue destinés à mettre fin à la crise déclenchée par l’assassinat du président Melchior Ndadaye. Lors de la commémoration des 30 ans du massacre de Bugendana, les rescapés ont, de leur côté, renouvelé leur appel à la vérité, à la justice et à des réparations, estimant que les responsables de cette tragédie n’ont toujours pas été identifiés ni jugés.

Selon Sylvestre Ntibantunganya, le coup d’État du 25 juillet 1996 est intervenu au moment où il mettait en place une stratégie visant à organiser de véritables négociations entre les Burundais afin de trouver une solution durable à la crise politique et sécuritaire qui avait suivi l’assassinat du président Melchior Ndadaye.
L’ancien chef de l’État rappelle qu’il vivait difficilement le fait de ne pas pouvoir garantir pleinement la sécurité des citoyens en pleine guerre civile. Face aux affrontements entre l’armée burundaise et les mouvements politico-armés, il affirme avoir sollicité, lors du sommet régional d’Arusha du 25 juin 1996, l’envoi d’une force régionale chargée d’assurer la protection de la population burundaise, quelle que soit l’origine des menaces.
Pour lui, le coup d’État est venu interrompre ce processus de recherche de solutions pacifiques. Il estime que le Burundi doit désormais privilégier le dialogue et les mécanismes de négociation pour résoudre ses différends politiques plutôt que le recours à la force.
Sylvestre Ntibantunganya souhaite que le coup d’État du 25 juillet 1996 demeure le dernier de l’histoire du Burundi. Il insiste sur le fait que les crises politiques peuvent être résolues à travers le dialogue et des négociations inclusives associant les partis politiques ainsi que les mouvements armés.
Selon lui, un coup d’État ne constitue jamais une solution durable aux problèmes que traverse un pays et ne fait qu’aggraver les divisions et les souffrances de la population.
Bugendana : les leçons du passé
S’exprimant sur le massacre des déplacés du camp de Bugendana, Sylvestre Ntibantunganya a d’abord rendu hommage aux victimes ainsi qu’à tous les Burundais tués lors des différentes vagues de violences qui ont marqué l’histoire du pays depuis l’indépendance.
Il estime que ces massacres sont le résultat de conflits politiques qui n’ont jamais trouvé de solution durable et qui ont été aggravés par les divisions héritées de la colonisation. Il cite entre autres les tragédies survenues en 1965, 1969, 1972 et lors d’autres épisodes sanglants de l’histoire nationale.
L’ancien président espère que la CVR (Commission Vérité et Réconciliation) parviendra à établir les circonstances exactes des massacres de Bugendana afin que les Burundais connaissent toute la vérité, condamnent les responsables et tirent les leçons nécessaires pour empêcher la répétition de telles violences.
Les rescapés réclament toujours la vérité et la justice

Ce 26 juillet, l’Association des rescapés de Bugendana (ARGEBU) a commémoré les trente ans du massacre qui a coûté la vie à plus de 600 personnes.
Après un dépôt de gerbes de fleurs au monument érigé en mémoire des victimes, les responsables de l’association ont regretté que, trois décennies après les faits, toute la vérité ne soit toujours pas établie.
Le président de l’ARGEBU, Pascal Ntahonkuriye, estime que ce massacre était minutieusement préparé, affirmant que les bourreaux étaient organisés, disposaient d’un commandement structuré et utilisaient des armes lourdes.
Il demande que les commanditaires comme les exécutants soient identifiés, que la justice soit rendue et que les victimes bénéficient d’une réparation. Selon lui, seule une vérité impartiale permettra une véritable réconciliation entre les Burundais.
Pascal Ntahonkuriye déplore également ce qu’il considère comme une insuffisance des actions de la Commission Vérité et Réconciliation concernant les événements de Bugendana. Il estime que les conclusions de cette commission sont indispensables pour faire toute la lumière sur les responsabilités et prévenir la répétition de tels drames.
Il appelle également à bannir toute forme de discrimination fondée sur l’ethnie, l’appartenance politique ou la région d’origine, soulignant que le développement du Burundi ne peut être atteint que dans un climat d’égalité, de justice et de réconciliation.
Pour les rescapés la vérité, la justice et le dialogue demeurent les principaux leviers pour tourner définitivement la page des violences qui ont marqué l’histoire du Burundi et construire une paix durable.