La pénurie persistante de carburant continue de désorganiser le transport public à Bujumbura. Au parking desservant le sud de la capitale économique, les bus se font rares, obligeant de nombreux usagers à emprunter les taxis dits « changa changa », dont les tarifs grimpent au fil de la journée. Les consommateurs dénoncent une situation devenue insoutenable et appellent les autorités à rétablir l’ordre dans le secteur.

Au centre-ville de Bujumbura, entre 9 heures et 10 heures du matin, une scène inhabituelle attire l’attention. Les chauffeurs de taxi et leurs rabatteurs interpellent activement les passants pour les convaincre de monter à bord de leurs véhicules. Une situation qui contraste avec les habitudes observées en matinée.

Le constat effectué ce jeudi au parking des bus desservant le sud de Bujumbura est sans équivoque : aucun bus n’était disponible. Face à cette absence, certains voyageurs patientent dans l’espoir qu’un véhicule arrive, tandis que d’autres préfèrent rentrer à pied. Beaucoup n’ont cependant d’autre choix que d’emprunter les taxis communément appelés « changa changa ». Le prix de la course est fixé à 4 000 BIF en matinée, avant de passer à 5 000 francs à partir de midi, selon les chauffeurs et les passagers.
Des ménages durement affectés
Les usagers affirment que trouver un bus est devenu un véritable parcours du combattant, même aux premières heures de la journée.
Des passagers en partance pour Ruziba au sud de Bujumbura racontent avoir quitté leur domicile dès 5 heures du matin pour se rendre au marché dit chez Sion, à Ngagara. À leur retour, aucun bus n’était disponible pour les ramener. Ils ont donc été contraints de prendre un taxi « changa changa », une dépense supplémentaire qui réduit considérablement leurs revenus.
Une commerçante âgée, rencontrée au parking, explique qu’elle habite à Musaga et exerce ses activités au centre-ville. Selon elle, les frais de transport sont devenus difficiles à supporter, aussi bien pour l’aller que pour le retour.
Les travailleurs, quant à eux, disent éprouver de grandes difficultés à respecter les horaires imposés par leurs employeurs. Même lorsqu’ils arrivent à temps, ils affirment être physiquement épuisés après avoir parcouru de longues distances à pied, ce qui affecte leur rendement au travail.
Au regard de cette situation, les habitants demandent au gouvernement de prendre des mesures urgentes pour garantir un approvisionnement régulier en carburant et mettre un terme à la crise actuelle du transport.
L’ABUCO dénonce un désordre dans le secteur

L’Association burundaise des consommateurs (ABUCO) estime que le transport public est aujourd’hui marqué par un profond désordre. Noël Nkurunziza,secretaire de ladite organisation déplore que certains transporteurs imposent librement leurs tarifs alors qu’ils s’approvisionnent en carburant aux prix officiels.
Selon lui, cette situation devrait interpeller les autorités chargées de la régulation et du contrôle du secteur des transports. Il appelle le pouvoir public à rétablir l’ordre afin de protéger les consommateurs contre les abus.
Noël Nkurunziza souligne également que certains citoyens sont parfois contraints de dépenser en frais de transport une somme supérieure à leurs revenus journaliers, notamment lorsqu’ils doivent se déplacer en urgence. À ses yeux, cette flambée des prix déséquilibre les budgets des ménages et fragilise davantage les familles burundaises.
La PARCEM interpelle le gouvernement

De son côté, la PARCEM (Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités) estime que l’absence de sanctions contre les crimes économiques favorise les abus observés sur le marché des produits pétroliers.
Pour Faustin Ndikumana, directeur national de cette organisation de la société civile s’interroge sur la cohérence d’une politique économique qui vise la relance tout en réduisant les importations de produits pétroliers. Selon Ndikumana, une reprise économique ne peut être envisagée sans un approvisionnement suffisant en carburant, indispensable au fonctionnement du transport, du commerce et d’autres secteurs productifs.
Il invite ainsi les autorités à mieux arbitrer les priorités économiques et à renforcer la lutte contre les pratiques qui pénalisent les consommateurs et freinent les activités économiques.