Dans les quartiers Muyaga, dans la zone de Gihosha, et Maramvya, au nord de la capitale économique Bujumbura, l’accès à l’eau potable reste une préoccupation majeure pour les habitants. Certains ménages affirment n’être approvisionnés qu’une fois par semaine, tandis que d’autres disent ne plus voir couler l’eau de leurs robinets depuis plusieurs années. Face à cette situation, les habitants demandent des solutions durables pour garantir leur accès à cette ressource essentielle à la santé tandis que la Regideso situe le problème dans l’agrandissement de la ville de Bujumbura.

À Muyaga, les habitants rencontrés témoignent d’un approvisionnement particulièrement irrégulier. Selon eux, l’eau potable ne coule dans les robinets qu’une seule fois par semaine. Lorsque l’approvisionnement intervient, par exemple le samedi, les ménages doivent attendre plusieurs jours avant de revoir l’eau couler.
La situation est encore plus préoccupante à Maramvya. Certains habitants affirment que leurs robinets sont à sec depuis plusieurs années. Face à cette pénurie, les solutions alternatives restent limitées. Si certains refusent de recourir aux eaux des rivières, d’autres sont contraints de s’y approvisionner, parfois à des prix jugés exorbitants.
« Cela fait maintenant cinq ans que nous ne voyons pratiquement plus d’eau couler dans nos robinets », témoigne un habitant. Pour les résidents de ces deux quartiers, l’accès à l’eau potable est ainsi devenu un véritable casse-tête quotidien.
La REGIDESO évoque l’accroissement de la ville et des travaux en cours
La problématique est reconnue par Jean-Albert Manigomba, directeur général de la REGIDESO. Il explique notamment que l’accroissement de la ville exerce une pression importante sur les infrastructures existantes. Des projets sont, selon lui, en cours afin d’améliorer l’approvisionnement en eau potable.
Le directeur général de la REGIDESO précise également que, dans certaines localités, les perturbations sont liées aux travaux de réhabilitation. Ces interventions nécessitent parfois des coupures temporaires de certaines lignes, ce qui affecte l’approvisionnement des populations.
Mais pour Innocent Banigwaninzigo, chercheur en environnement, la problématique de l’accès à l’eau potable au Burundi dépasse les seules difficultés d’approvisionnement. Il estime que des milliers de ménages dans plusieurs localités du pays n’ont toujours pas accès à cette ressource fondamentale.
Selon lui, les causes sont multiples et comprennent des facteurs environnementaux et climatiques. Le changement climatique, la dégradation des bassins-versants et le déboisement massif réduisent l’infiltration de l’eau et peuvent affecter le niveau des nappes phréatiques.
Le chercheur évoque également le vieillissement des infrastructures. Il estime que plus de 60 % des réseaux d’adduction d’eau potable sont anciens, certains ayant été installés depuis environ 30 ans. Les pertes d’eau sur ces réseaux contribuent ainsi à aggraver les difficultés d’approvisionnement.
Les conséquences de cette situation sont à la fois sanitaires et socio-économiques. Sur le plan sanitaire, le manque d’eau potable et le recours à des sources d’eau potentiellement contaminées peuvent favoriser des maladies telles que les diarrhées, le choléra ou encore la fièvre typhoïde.
Sur le plan socio-économique, Innocent Banigwaninzigo souligne particulièrement le temps consacré par les femmes et les filles à la recherche de l’eau. Il estime que certaines peuvent perdre trois à quatre heures dans cette activité, au détriment de leur scolarité et des activités génératrices de revenus.
Pour remédier durablement à cette situation, le chercheur recommande notamment une meilleure protection des ressources en eau et des bassins-versants, ainsi qu’une sensibilisation accrue de la population. Il appelle également à responsabiliser les communautés autour de la gestion de cette ressource.
Pour Innocent Banigwaninzigo, garantir l’accès à l’eau potable nécessite donc d’agir à la fois sur les infrastructures et sur la protection de l’environnement. La réhabilitation des réserves en eau et la responsabilisation des communautés figurent parmi les pistes susceptibles de contribuer à une amélioration durable de l’approvisionnement.