Alors que la gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes est en vigueur au Burundi depuis 2006, plusieurs femmes de Bujumbura affirment devoir supporter la totalité des frais médicaux. Les autorités sanitaires reconnaissent certaines difficultés dans l’application du programme, tout en assurant que la mesure reste effective dans les établissements de santé.

Plusieurs femmes rencontrées dans la ville de Bujumbura affirment que la politique de gratuité des soins destinée aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes n’est plus appliquée comme auparavant. Selon leurs témoignages, elles sont contraintes de payer les consultations, les examens médicaux, les médicaments et même les frais liés à l’accouchement.
« Cette politique de gratuité n’existe plus. Nous payons les frais à 100 %. Une femme doit payer pour effectuer une échographie », témoigne l’une d’elles. Une autre raconte avoir dû verser 200 000 francs burundais avant une intervention chirurgicale. Après la naissance de son enfant souffrant d’une malformation cardiaque, elle affirme avoir encore payé 120 000 francs burundais pour des examens et des soins complémentaires.
Selon ces femmes, cette situation constitue un lourd fardeau financier, particulièrement pour les ménages aux revenus modestes. Elles estiment que de nombreuses familles éprouvent désormais des difficultés à accéder aux soins de santé malgré l’existence officielle du programme de gratuité.
Au regard de ces préoccupations, le directeur a.i de la clinique Prince Louis Rwagasore, le Dr Philbert Sendegeya, assure que la mesure est toujours appliquée au sein de son établissement. Il explique toutefois que certaines patientes se présentent directement à la clinique sans respecter le système de référence prévu par le programme.
« Le principal problème est que certaines patientes arrivent sans avoir été référées par un hôpital de district », indique-t-il.
Le ministre de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida, le Dr Fidèle Nkezabahizi, s’est également exprimé sur cette question lors d’une émission publique tenue jeudi. Il a réaffirmé que la gratuité des soins demeure en vigueur dans les structures sanitaires du pays.

Le ministre reconnaît néanmoins l’existence de certains défis, notamment les ruptures de stock de médicaments et la méconnaissance, par certains bénéficiaires, des conditions d’accès au programme.
« Nous constatons que la plupart des hôpitaux appliquent cette mesure de gratuité. Toutefois, il arrive que certains médicaments ne soient pas disponibles. Il existe également un problème lié à la compréhension des conditions d’accès à cette politique », a-t-il expliqué.
Selon lui, les patients qui se rendent directement dans un hôpital sans passer par le centre de santé de référence et sans lettre de transfert sont amenés à payer les frais de soins, ce qui peut les amener à penser que la gratuité n’est plus appliquée.
Malgré ces difficultés, plusieurs femmes reconnaissent que durant les années précédentes, les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes bénéficiaient effectivement de soins gratuits dans les structures sanitaires publiques.
Lancée en 2006, la politique de gratuité des soins maternels et infantiles a contribué à l’amélioration des indicateurs de santé au Burundi. Selon les données issues des enquêtes socio-épidémiologiques, le taux de mortalité infantile est passé de 59 ‰ en 2010 à 21 ‰ en 2019. Quant à la mortalité maternelle, elle est passée de 785 décès maternels en 2006 à 334 décès pour 100 000 naissances vivantes.