L’environnement burundais est sous forte pression. À l’occasion de la Journée internationale de l’environnement, experts et associations alertent sur la déforestation, l’érosion des sols et le dérèglement climatique. Pour y faire face, l’ADRAE mise sur l’agroforesterie et les courbes de niveau, le chercheur Innocent Banigwaninzigo appelle aux foyers améliorés et au financement de la recherche locale, tandis que l’ACP insiste sur la résilience des plus vulnérables.

Selon Polycarpe Mugambwe, président et représentant légal de l’ADRAE (Association pour une Démographie Responsable Adaptée à l’Environnement) les principaux défis sont liés à la démographie et à l’agriculture. « Notre pays est petit, très peuplé, et 90% des gens vivent du travail de la terre », a-t-il rappelé. Parmi les problèmes observés, il y a entre autres la déforestation et la dégradation des sols. Cela se traduit par des pluies insuffisantes, l’érosion, les glissements de terrain ainsi que la perte de fertilité. « La terre arable part dans les rivières et provoque la baisse des rendements agricoles, alors que la population ne cesse d’augmenter », précise-t-il.
Pour Mugambwe, la mauvaise gestion des déchets aggrave la situation, surtout dans les villes en extension comme celle de Bujumbura et Gitega. Il cite également les décharges sauvages, rivières et caniveaux bouchés, pollution de l’eau et absence de système de recyclage.
Le changement climatique se manifeste déjà par des saisons de pluie plus courtes mais plus violentes, des sécheresses et des inondations dans la plaine de l’Imbo. Les récoltes sont fréquemment détruites.
La pression sur les lacs et les rivières entraîne des maladies liées au manque d’hygiène, la baisse des stocks de poissons et la disparition de certaines espèces. « La pression sur la terre est la principale raison de la dégradation accélérée de l’environnement », souligne Polycarpe Mugambwe.
En vue de faire face à cela l’ADRAE propose plusieurs solutions tels que le traçage des courbes de niveau, planter des bandes antiérosives, pratiquer l’agroforesterie, aménager des compostières et des pépinières collectives, protéger les sources d’eau, utiliser des semences résilientes et pailler les terrains cultivés. L’association interpelle l’État à adopter des mesures de maîtrise démographique en collaboration avec les organisations de terrain.
Des calendriers agricoles bouleversés
Innocent Banigwaninzigo, chercheur en sciences environnementales, confirme l’urgence. « Cette journée arrive au moment où l’environnement est menacé par le changement climatique. Les saisons sont déréglées. Les pluies arrivent en retard ou sont trop fortes », explique-t-il.
Il cite des exemples concrets comme les inondations en mars, proches de la sécheresse en avril. « Nos calendriers agricoles ne tiennent plus. Les terres meurent de chaud. L’érosion s’aggrave avec des pluies violentes. La terre fertile part. Les rendements agricoles ne cessent de chuter », ajoute le chercheur.
Quant à lui, les conséquences en sont directes : baisse de la production et insécurité alimentaire dans les ménages. L’eau devient rare ou dangereuse. Les sources tarissent sur les collines, les bas-fonds sont inondés et le lac Tanganyika se réchauffe menaçant les poissons.
Agir maintenant
« Le préalable est d’agir maintenant à tous les niveaux », insiste Innocent Banigwaninzigo. Il recommande de planter des arbres, développer l’agroforesterie et utiliser des foyers améliorés au biogaz pour réduire la coupe de bois.
« Les données actuelles montrent que le bois que nous utilisons représente 9%, alors que nous n’en plantons que 7%. La pénurie de charbon de chauffage nous oblige à utiliser d’autres alternatives d’énergie pour sauver le bois en danger », précise-t-il.
Banigwaninzigo appelle aussi à ce que la science guide les décisions en finançant la recherche locale, en appuyant les paysans innovants et en protégeant les forêts restantes.
Pour Jean Samandari, président de l’ACP(Association Action Contre la Pauvreté), les phénomènes climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquents. « Les pluies torrentielles provoquent des inondations, détruisent les habitations, coupent les routes et isolent des communautés entières. Les terres agricoles s’appauvrissent sous l’effet de l’érosion, compromettant la sécurité alimentaire de milliers de ménages », déclare-t-il.
Il alerte sur les conséquences sanitaires et sociales : « Ce sont toujours les plus vulnérables qui payent le plus lourd tribut. Les enfants, les personnes âgées, les femmes et les familles vivant déjà dans des conditions précaires. Clame-t-il.
Selon l’ACP, la protection de l’environnement est une question de justice sociale et de dignité humaine. « Lorsqu’une famille perd sa récolte à cause de l’érosion, ce n’est pas seulement un problème environnemental. C’est aussi un risque de faim, de déscolarisation des enfants et d’aggravation de la pauvreté », souligne Jean Samandari.
L’association dit s’engager aux côtés des populations vulnérables pour renforcer leur résilience. Elle lance un appel à tous les Burundais afin de protéger l’environnement clarifiant que ce n’est pas uniquement l’affaire des experts ou des institutions.