Certaines organisations burundaises, dont le parti APDR et l’association SOJEPAE, se disent opposées à l’enseignement politique destiné aux mineurs. Selon elles, cela va à l’encontre de la loi et pourrait exposer les enfants à une instrumentalisation précoce. Elles proposent que tout enseignement de telle nature soit encadré par le ministère de l’Éducation, afin d’assurer une approche neutre et uniforme dans tout le pays. Ces réactions interviennent après l’annonce du parti CNDD-FDD, selon laquelle tous les enfants affiliés à ce parti allaient bénéficier d’une formation politique et patriotique.

Gabriel Banzawitonde, président du parti APDR, déclare que la formation politique aux mineurs, précisément ceux qui n’ont pas encore atteint l’âge de 18 ans, est une violation de la loi.
« Le parti APDR a bien suivi la conférence de presse animée par le secrétaire général du parti au pouvoir. En se basant sur l’article 7 des lois régissant les partis politiques de 2011, il stipule que toute personne ayant atteint 18 ans peut adhérer librement à un parti politique. Pour dire que c’est prohibé pour les moins de 18 ans, puisque la place des enfants est à l’école. Ce n’est pas moi qui ai mis en place ces lois. C’est à 18 ans qu’une personne devient majeure pour prendre une décision librement. »

Selon le parti APDR, le programme de formation politique et patriotique devrait être uniforme à l’échelle nationale et placé sous le contrôle des organes compétents du gouvernement. Il estime que cette formation ne devrait pas se limiter aux enfants affiliés au parti au pouvoir, mais à tout autre enfant du pays.
« Dans ce cas, le pays peut élaborer un programme à travers le ministère de l’Éducation ou à travers le ministère de l’Intérieur, pour qu’au moins, chaque jeudi, après-midi ou bien le samedi, les enfants se rencontrent au chef-lieu de leurs zones ou de leurs communes pour être éduqués uniformément à la politique nationale, à l’idéologie nationale, ainsi qu’à l’amour patriote. »
Toutefois, le parti APDR affirme que même si ces formations devenaient uniformes, des interrogations subsisteraient : « Cependant, il faut se poser la question suivante : qui seront les formateurs, et quelles seront réellement leurs intentions ? »
SOJEPAE : « Les mineurs doivent être mis à l’écart des activités politiques. »

D’après David Ninganza, vice-président de la SOJEPAE Burundi, la loi nationale protège les enfants mineurs contre toute activité politique.
« Je vais insister sur la loi. Le cadre légal burundais pour la protection des enfants, même s’il n’existe pas une loi spécifique qui énonce mot en mot la manipulation politique, l’ensemble des cadres légaux nationaux protègent l’enfant contre toute exploitation, y compris sa participation active et instrumentalisée dans des campagnes ou activités politiques. »
Il ajoute : « Cela repose majoritairement sur le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant et la protection contre toute forme d’exploitation prévue par la Constitution et le droit international intégré dans la loi burundaise. »
La SOJEPAE estime que l’implication des enfants dans des activités politiques, telles que les manifestations ou les campagnes électorales, s’apparente à une forme d’exploitation illégale et constitue une atteinte à leurs droits. Une telle pratique compromet leur liberté, leur sécurité et leur développement harmonieux.
« Il faut que les gens sachent que le Burundi n’est pas épargné par la Convention internationale des droits de l’enfant, qui est vraiment un estimat clé. Il établit que chaque enfant a des droits civils, socio-économiques et culturels et doit être protégé contre toute forme d’exploitation nuisible à son bien-être. L’utilisation des enfants dans des faits politiques est sanctionnée par la loi burundaise. »
La SOJEPAE recommande au gouvernement de protéger l’enfant contre toute forme d’exploitation, y compris son exploitation dans des activités politiques ou médiatiques qui peuvent compromettre à son bien-être ou son développement physique, moral et mental.