L’OLUCOME déplore que l’exploitation minière au Burundi se fasse dans des conditions qu’elle qualifie de frauduleuses. Elle rapporte qu’il est incompréhensible que l’extraction minière soit confiée à seulement deux sociétés, opérant de manière traditionnelle et sans procédure de passation de marchés publics, ce qu’elle qualifie de détournement du trésor public. Face à ces pratiques, l’OLUCOME appelle à la suspension immédiate de ces activités minières, en attendant une analyse approfondie menée par des experts du secteur.

Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), met en cause deux sociétés d’exploitation minière.
« Aujourd’hui, deux sociétés exploitent des minerais et derrière ces sociétés se trouvent des hommes d’affaires privés. Ces sociétés sont soutenues par le gouvernement à travers des apports en capital. L’un est intégré à SOPEBU et l’autre est représenté par l’ONATOUR. Donc, SOTREVO et SONALEK y sont concernés avec des individus dont Jean-Baptiste et Thomas. Ceux-ci apportent soi-disant leur expertise tandis que l’État injecte plusieurs milliards. En réalité, ces hommes viennent surtout pour s’enrichir. »

Il déplore que les activités d’exploitation de ces sociétés se fassent sans traitement adéquat des minerais avant leur exportation.
« Je m’excuse de le dire publiquement, mais c’est ainsi que je perçois la situation. Dans l’exploitation minière, ils utilisent des outils traditionnels en pratiquant une extraction manuelle sans un traitement adéquat du minerai avant de l’exporter. De notre point de vue, tout cela montre clairement que nous sommes en train d’être lésés. »
Il sollicite la suspension de ces activités : « Il faut d’abord suspendre ces activités minières. Les experts doivent être mis à contribution et l’on doit rechercher d’autres spécialistes compétents. Les ressources du pays sont intouchables. Personne n’a le droit de les détruire ni de les dilapider. Je parle en connaissance de cause, même si je sais que cela dérangera certains. Il n’y a pas d’autre choix. »
D’après l’OLUCOME : « Les biens de la nation doivent être gérés selon des principes clairs et transparents. Qu’on convoque donc les conseils d’administration et qu’on fasse venir ces deux hommes ainsi que des experts indépendants afin d’ouvrir un débat public et sérieux sur ces contrats », dit-il.
NEVA : « Les autorisations minières sont octroyées par décret. »

La semaine dernière, lors des cérémonies de dédicace de l’ouvrage « Une nation en marche » à l’hôtel Club du lac Tanganyika de Bujumbura, le chef d’État est revenu sur les irrégularités qui s’observent dans le secteur minier du Burundi.
D’après Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi, certaines sociétés disposaient d’autorisations minières mais ne travaillaient que pour leurs propres intérêts, au détriment du trésor public.
« J’ai fait les réformes minières, maintenant, il y a une résistance. Avant-hier, on me disait qu’il y a une société qui a porté plainte contre l’État du Burundi. Imaginez-vous une société mixte qui va porter plainte contre son actionnaire. Il y a toujours des pièges, l’État est aussi actionnaire. Est-ce qu’il a consulté l’actionnaire ? »
Il ajoute : « Il y a des sociétés mixtes qui étaient là pour voler l’État parce qu’ils ne savaient pas ce que c’est l’État. La société African Mining, on l’a vendue à un privé et on a amené le dossier au Conseil des ministres pour avaliser la vente alors que l’État est actionnaire là-dedans. C’est le ministre en charge des mines qui a amené le dossier. Est-ce que celui-là peut développer le pays ? »
Il déplore que le principe du gagnant-gagnant ne soit pas compris par beaucoup de gens.
« Je sais que jusqu’à maintenant ce qu’on appelle le partage de la production sur le principe gagnant-gagnant, personne ne comprendra. Principe est gagnant-gagnant, qu’est-ce que vous avez apporté ? Par exemple le nickel de Musongati a une valeur de 208 milliards de dollars, vous amenez 2 milliards et demi de dollars comme fonds d’exploitation. L’État a amené 208 milliards parce que les minerais coûtent 208 milliards. »
Il complète : « Alors vous allez réaliser vos bénéfices, on va payer les intérêts de son capital, de sa technologie et partager la production. Mais ceux qui étaient habitués à corrompre, ils vont corrompre les fonctionnaires, mais malheureusement le problème qu’ils ont c’est que ça sera adopté par le Conseil des ministres. »
Il rassure qu’à présent les permis d’exploitation minière seront octroyés par décret.
« Même si les fonctionnaires vont être corrompus, je ne serai pas corrompu. Donc il ne faut pas perdre de temps parce que maintenant les permis sont octroyés par décret. »
Selon le président Ndayishimiye, les gens ne sont pas fiers de cette nouvelle réforme du secteur minier.