Certains acteurs du secteur de l’enseignement, notamment la coalition BAFASHEBIGE et la FNASSEB, estiment que la désertion massive des enseignants au Burundi est principalement due au salaire dérisoire qu’ils perçoivent. Selon eux, l’État devrait envisager une augmentation des salaires afin de réduire ce phénomène. Ces organisations soulignent également que les conditions de travail des enseignants doivent être améliorées ; à défaut, la vision 2040-2060 risquerait de rester un simple slogan.

Désiré Nkurunziza, secrétaire exécutif de la coalition BAFASHEBIGE, affirme que la désertion des enseignants entraîne une perte de confiance des parents et des élèves envers le système éducatif.
« La désertion des enseignants qualifiés entraîne une baisse de la qualité de l’enseignement et des résultats scolaires. Les écoles sont confrontées à la pénurie d’enseignants, ce qui rend difficile la continuité de l’enseignement. Cette désertion entraîne une perte de confiance des parents et des élèves dans le système éducatif. C’est là même que certains élèves prennent la décision de quitter les écoles, ils finissent par se rendre dans ces pays pour la recherche de la vie meilleure, d’après leurs explications. »

La coalition BAFASHEBIGE recommande à l’État d’augmenter le salaire des enseignants pour permettre de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.
« On demande aussi à l’État d’améliorer les conditions de travail, en réduisant les effectifs dans des classes, en augmentant le nombre des écoles et en fournissant des matériels pédagogiques. On peut dire aussi qu’il faut offrir des formations continuelles aux enseignants pour les aider à s’améliorer et à s’adapter aux nouveaux programmes », a-t-il joute.
La FNASSEB appelle au dialogue

Antoine Manuma, président de la Fédération nationale des syndicats du secteur de l’enseignement du Burundi (FNASSEB), estime que, plutôt que de se limiter au remplacement des enseignants, l’État devrait ouvrir un dialogue pour trouver une solution durable à ce phénomène.
« Les effectifs d’enseignants qui désertent le service ne cessent de s’accroître. Ce phénomène se manifeste à tous les niveaux d’enseignement, de l’école fondamentale à l’enseignement supérieur public. À l’université du Burundi, les départs des enseignants s’ajoutent aux boursiers du gouvernement qui sont restés à l’étranger. Les rémunérations dérisoires étant à l’origine de cette fuite inquiétante du cerveau du secteur de l’enseignement. »
Il ajoute : « Remplacer les enseignants déserteurs est une chose, mais cette solution n’est pas durable, car les nouvelles recrues attendront toujours le premier salaire et l’accès au crédit pour rejoindre ensuite les prédécesseurs. Ainsi, on restera dans un éternel remplacement qui entache l’acquisition de l’expérience susceptible de rehausser la qualité des enseignements. »
Il fait savoir que recourir aux bénévoles dans le système éducatif n’est pas une bonne solution appropriée.
« Employer les bénévoles est une fausse solution, car si un enseignant rémunéré déserte le service, on ne pourra pas atteindre un miracle d’un enseignant non rémunéré. Au sein du gouvernement, les discours tenus comme quoi le fonctionnaire de l’État ne peut pas vivre heureux de son salaire découragent les enseignants. En peu de mots, le gouvernement décline ses responsabilités et oblige les enseignants à se débrouiller pour subsister. Telle est l’une des origines de la dépréciation de la qualité des enseignements et apprentissages. »
Il demande aussi que l’État augmente les salaires des enseignants : « Dans le cas contraire, la vision 2040-2060 ne restera qu’un slogan. » D’après la FNASSEB, aucun pays au monde ne s’est développé sans se doter d’intellectuels compétents.