Des femmes et jeunes filles de la communauté batwa de Rwamvura, sur la colline Kigamba, dans la commune de Ruyigi, province de Buhumuza, dénoncent des violences basées sur le genre et des discriminations qu’elles attribuent à certains membres d’autres communautés. Elles pointent des croyances selon lesquelles des rapports sexuels avec des femmes ou jeunes filles batwa permettraient de guérir certaines maladies, ainsi qu’une pratique appelée « Kuvurumugongo ». L’administration communale appelle à renforcer l’intégration de la communauté batwa, tandis que l’UNIPROBA plaide pour des actions de sensibilisation impliquant toutes les communautés afin de lutter contre ces violences et de consolider la cohésion sociale.

Dans cette partie de l’intérieur du Burundi, certaines femmes et jeunes filles batwa affirment être particulièrement exposées aux violences basées sur le genre. Elles expliquent que certaines croyances véhiculées dans la société les rendent davantage vulnérables. Selon une opinion répandue dans la région, avoir des rapports sexuels avec une femme ou une jeune fille batwa permettrait de guérir certaines maladies. Une croyance qui, selon les témoignages recueillis, contribuerait à les exposer à des violences et à des abus sexuels.
Les femmes de Rwamvura évoquent également la pratique désignée par l’expression « Kuvura umugongo », qu’elles dénoncent comme une forme de violence et de stigmatisation. Elles affirment par ailleurs être victimes de propos discriminatoires ou dégradants de la part de certaines personnes appartenant à d’autres communautés, notamment hutu ou tutsi.
Les mariages intercommunautaires comme facteur de cohésion
Malgré ces difficultés, les femmes autochtones soulignent que certaines jeunes filles de leur communauté ont déjà épousé des hommes issus d’autres communautés. Pour elles, ces unions devraient servir d’exemple à ceux qui continuent de recourir à la pratique du « Kuvura umugongo » ou à d’autres formes de discrimination.
Elles estiment que les mariages entre personnes appartenant à différentes communautés peuvent contribuer au rapprochement social et renforcer la cohésion entre les populations.
Des habitants issus d’autres communautés et vivant sur la colline de Kigamba confirment que des mariages ont déjà été célébrés entre des jeunes filles autochtones et des jeunes hommes d’autres communautés. Ils constatent une diminution des tensions et du rejet mutuel par rapport au passé.
Ces habitants appellent également les personnes qui continuent à maltraiter les femmes autochtones, sous quelque forme que ce soit, à abandonner ces comportements.
Du côté de l’administration communale, Gérard Sindaharaye, chef du département genre de la commune de Ruyigi, indique qu’aucune femme autochtone ne l’a encore saisi directement au sujet de ces violences. Il appelle néanmoins les membres de la communauté batwa à favoriser davantage leur intégration dans la société et à participer au combat collectif contre les violences basées sur le genre.
Pour sa part, l’UNIPROBA considère que les violences basées sur le genre visant les femmes et les jeunes filles autochtones restent une réalité. Emmanuel Nengo, représentant légal de cette organisation, affirme que ces violences peuvent, dans certains cas, aller jusqu’à entraîner des tueries.
Il attire également l’attention sur les conséquences possibles pour les enfants nés de certaines de ces unions. Selon lui, certains enfants peuvent être confrontés à des difficultés liées à leur filiation, notamment lorsque des hommes en viennent à nier leur paternité.
Au regard de cette situation, Emmanuel Nengo préconise des actions de sensibilisation impliquant toutes les communautés. Il estime qu’un travail commun de sensibilisation permettrait de lutter contre les comportements de rejet et de discrimination et de renforcer la cohésion et la stabilité au sein de la communauté.