Devant l’Assemblée nationale, le ministre des Finances Alain Ndikumana a lié le manque d’attractivité du Burundi à l’instabilité du taux de change, à l’inflation et aux difficultés de rapatriement des dividendes. Pour y faire face, il envisage la stabilisation du cadre macroéconomique pour assurer les investisseurs tandis que PARCEM propose quant à elle une lutte réelle contre la corruption et prévient que sans réformes macroéconomiques concrètes, « le pays n’avancera pas ».

Pourquoi les investisseurs ne viennent-ils pas ? Pour Alain Ndikumana, ministre des Finances, du Budget et de l’Économie numérique, la réponse est d’abord macroéconomique. S’exprimant devant l’Assemblée nationale ce vendredi 10 avril, il a estimé que lorsque le cadre économique n’est pas stable, avec un taux de change qui fluctue constamment et une inflation qui évolue de manière imprévisible, il devient difficile d’attirer des investisseurs.
Le ministre soulève un frein majeur : le rapatriement des fonds. « Aujourd’hui, même le rapatriement des fonds peut poser problème. Dans ces conditions, aucun investisseur ne peut prendre le risque de venir investir » a-t-il déclaré.
Selon lui, l’inquiétude est partagée par tous les opérateurs : « Un investisseur se demande : ‘Si je viens investir et que je réalise des bénéfices en francs burundais, où vais-je trouver des dollars pour rapatrier mes dividendes ? S’il n’a pas accès au circuit officiel et doit se tourner vers le marché parallèle, il sait qu’il s’expose à des sanctions, voire à des poursuites. »
Pour Alain Ndikumana, la solution passe par la stabilisation. « C’est pourquoi nous devons fournir davantage d’efforts pour stabiliser le cadre macroéconomique, car c’est cela qui rassure les investisseurs« , a-t-il insisté, rappelant que des contrats sont déjà en cours dans le secteur de l’énergie et que les démarches pour attirer des investisseurs comme Dangote et d’autres s’inscrivent dans ce sens.
PARCEM : « Des documents, mais rien n’a changé »

En réaction, l’organisation PARCEM (Parole et Action pour le Réveil des Consciences et des Mentalités) rappelle au gouvernement que tant de documents ont été présentés, des orientations programmatiques, des planifications annuelles, des visions, mais rien n’a changé.
Pour cette organisation de la société civile, l’exécutif doit savoir identifier les vrais problèmes et s’y attaquer sans faux-fuyants, et cesser d’entretenir des politiques sans vouloir enlever les défis qui sont là et qui bloquent tout.
Faustin Ndikumana, directeur national de la Parcem cite en premier lieu la lutte contre la corruption. Il faut, selon lui, une volonté politique pour lutter contre cette corruption, ces malversations économiques qui ont incliné l’administration à un niveau inquiétant.
Pour PARCEM, la conditionnalité est claire : « Rien ne peut être fait si le pays ne s’engage pas sur le chemin des réformes macroéconomiques de façon visible, sans un environnement des affaires fiable pour intéresser les investisseurs étrangers ».
L’organisation met aussi en garde sur le financement du développement comme quoi si le gouvernement ne parvient pas à mobiliser des financements de partenaires dans un cadre de renforcement institutionnel, pour baliser le terrain avec des appuis comme la Banque mondiale, le pays n’avancera pas.