4201 détenus pour 800 places à la prison centrale de Mpimba. 1075 prisonniers pour 100 places à Muramvya. Face à cette bombe carcérale et aux irrégularités répétées dans tous les services de l’État, l’Assemblée nationale sort l’artillerie lourde. Daniel Gélase Ndabirabe propose la destitution immédiate des ministres défaillants, alors que Ntabariza et le CODEBU dénoncent des détentions illégales massives.

Pour Daniel Gélase Ndabirabe, président de l’Assemblée nationale, le constat est amer : Le problème reste toujours le même. Cadre légal, administration, finances, marchés publics, missions : les audits révèlent les mêmes irrégularités dans presque tous les services contrôlés. S’indigne-t-il dans la séance plénière de ce mercredi 20 mai dans le cadre de contrôle de l’action gouvernementale par l’assemblée nationale
Pour lui malgré les remaniements ministériels réguliers, les erreurs se répètent. Cette situation soulève des questions sur les véritables freins au changement. « Certains se demandent même si des employés influencent les nouveaux ministres au point d’empêcher tout changement », a-t-il déclaré.
Face à cette impasse, l’Assemblée nationale durcit le ton. Daniel Gélase Ndabirabe envisage de proposer au Président de la République une mesure radicale : « Si les ministres viennent s’expliquer devant l’Assemblée nationale et qu’ils ne parviennent pas à résoudre cette difficulté, qu’ils soient destitués ici même ».
Alfred Ahingejeje, ministre burundais de la justice, a révélé des chiffres qui illustrent l’ampleur de la surpopulation carcérale. La prison de Muramvya, conçue pour accueillir 100 personnes, en détient actuellement 1075, soit un taux d’occupation de 1075%. À Bubanza, l’établissement prévu pour 200 détenus en compte aujourd’hui 434, ce qui représente 217% de sa capacité. La prison de Rumonge dépasse aussi largement ses limites avec 1468 prisonniers pour 800 places initiales, soit 183% d’occupation. La situation est tout aussi critique à la prison centrale de Mpimba, construite en 1959 pour 800 personnes, qui abrite désormais 4201 détenus, portant son taux d’occupation à 526%.
Ntabariza : « On libère 100, on incarcère 200 »
L’association de défense des droits des prisonniers Ntabariza déplore une dynamique contradictoire. « Le fait que le procureur libère 100 prisonniers et qu’on en détienne le double, c’est une chose et son contraire », souligne l’organisation.
Même constat pour la libération conditionnelle : « Tu trouves que cela bénéficie à 20 détenus et qu’on fasse entrer 200 autres ». Ntabariza appelle le ministère de la Justice et le procureur général à se concerter pour désengorger les lieux de détention.
CODEBU pointe des détentions abusives
Pour Keffa Nibizi, président du parti CODEBU, la surpopulation s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la démographie : « Quand elles ont été construites, la population burundaise était en petit nombre qui a actuellement augmenté. Par voie de conséquence, même ceux qui commettent des crimes augmentent ».
Mais il dénonce aussi des pratiques illégales : « Il y a des gens emprisonnés pour des petits délits qui ne nécessitent pas l’emprisonnement, et d’autres qui ont été libérés ou graciés, ou qui ont terminé les peines, mais qui ne sortent pas de prison pour des raisons illégales ».
Pour résoudre la crise, le président du CODEBU appelle à des mesures urgentes. Il demande la libération immédiate de toute personne ayant terminé sa peine ou ayant été graciée, ainsi que des détenus dont la situation ne justifie pas l’incarcération. Il plaide ensuite pour un examen régulier des prisonniers ayant purgé le quart de leur peine afin d’envisager une libération anticipée pour ceux qui se sont bien comportés. En outre Keffa Nibizi estime indispensable de repenser en profondeur l’infrastructure pénitentiaire pour l’adapter aux réalités actuelles.