Dans la commune Nyanza de la province Burunga, la construction de plusieurs bureaux zonaux suscite des inquiétudes. Certains chantiers sont à l’arrêt depuis plusieurs mois, tandis que d’autres bâtiments déjà construits présentent des fissures et des défauts. Des acteurs de la société civile dénoncent des insuffisances dans la passation des marchés publics et appellent à davantage de transparence dans la gestion des fonds publics.

Deux bureaux zonaux sont actuellement concernés par des travaux de construction dans la commune de Nyanza. Il s’agit des bureaux des zones Gitara et Kayogoro, dans l’ancienne commune de Mabanda.
À Kayogoro, les travaux sont à l’arrêt depuis octobre 2025. Sur place, le chantier est désormais envahi par les herbes et les arbustes, donnant l’impression d’un site abandonné.
Selon Jérôme Nikundana, conseiller socio-économique et développement dans cette zone, l’arrêt des travaux serait notamment lié à l’absence de l’entreprise ayant remporté le marché. Il indique que son responsable travaillerait actuellement dans les pays du Golfe. Les travaux étaient suivis par un ingénieur qui, lui aussi, serait actuellement à l’étranger.
Des habitants dans l’attente d’explications
L’arrêt du chantier suscite la déception des habitants de Kayogoro. Ces derniers disent avoir accueilli favorablement l’annonce de la construction du bureau zonal, avant de constater que les travaux n’ont pas été achevés.
Ils demandent aux autorités de clarifier les raisons de cet arrêt et surtout de préciser quand les travaux pourront reprendre.
La situation est également préoccupante dans la zone Kabonga. Le bureau zonal construit sur place présente, selon des habitants, plusieurs défauts, notamment des fissures et des problèmes au niveau du plafond.
Othmane Bucumi estime que la qualité des travaux pose question. Il affirme que certaines parties du bâtiment présentent déjà des signes de détérioration, alors que l’ouvrage est encore récent.
La chef de zone Kabonga, Adonette Barimwabo, reconnaît l’existence de ces irrégularités. Elle indique que certains endroits du bâtiment laissent entrer l’eau lorsqu’il pleut et appelle l’entreprise ayant réalisé les travaux à revenir sur place afin d’identifier et de corriger les parties défectueuses.
La passation des marchés pointée du doigt
Pour Oscar Siyawezi, conseiller juridique à la commune de Nyanza, les difficultés rencontrées sont liées au processus d’attribution des marchés publics.
Il explique que les communes doivent transmettre les dossiers de marchés au ministère des Finances et attendre son avis avant de poursuivre la procédure. Selon lui, cette situation peut compliquer l’exécution de certains projets.
Sur les treize zones que compte la commune de Nyanza, six bureaux zonaux seraient toutefois correctement construits et ne présenteraient pas de défauts majeurs.
La société civile demande des sanctions
Ces problèmes interviennent dans un contexte plus large de préoccupations sur la gestion des fonds destinés à la construction des bureaux zonaux à travers le pays.
Faustin Ndikumana, directeur national de la PARCEM, estime que les accusations de détournement de fonds publics destinés à ces infrastructures doivent faire l’objet d’investigations. Il rappelle que ces ressources proviennent des contribuables et considère que l’impunité face aux détournements risque d’affaiblir le civisme fiscal.
Il dénonce notamment des soupçons de favoritisme dans les marchés publics ainsi que d’autres infractions qui, selon lui, devraient faire l’objet d’enquêtes et, le cas échéant, de sanctions.
Pour lui, les difficultés observées dans certains bureaux zonaux constituent également un mauvais signal pour le processus de décentralisation, alors que ces infrastructures doivent permettre aux citoyens d’accéder plus facilement aux services administratifs de base.
Des contrats jugés insuffisamment préparés
De son côté, Jean Marie Nduwimana, président de la PISC (Plateforme Intégrale de la Société Civile), affirme que les problèmes liés aux bureaux zonaux ne sont pas uniquement techniques.
Selon lui, les retards et les malfaçons s’expliquent notamment par l’absence d’études suffisamment approfondies, une mauvaise préparation des contrats de marchés publics ainsi que la hausse du prix des matériaux de construction.
Il évoque également le manque de capacités techniques de certaines personnes chargées de suivre et d’évaluer les travaux au niveau local. Une situation qui, selon lui, peut favoriser les retards, les ouvrages de mauvaise qualité et même l’abandon de certains chantiers.
La PISC appelle ainsi les autorités à renforcer le contrôle des travaux, à sanctionner les éventuels responsables et à protéger les intérêts de l’État.