À Rugombo, en commune Cibitoke de la province Bujumbura, plusieurs veuves dénoncent la spoliation des biens laissés par leurs époux défunts. Terres, argent, maisons : les belles-familles s’emparent de l’héritage, laissant ces femmes et leurs enfants dans la précarité. Les autorités locales et judiciaires émettent le problème et en appellent au respect de la loi

Une veuve rencontrée à Rugombo raconte le calvaire qu’elle vit après le décès de son mari indique qu’elle a été chassée et mène une vie déplorable : « Mon mari était militaire. Il a passé plus d’une année et quatre mois au Congo, où il est mort sur le champ de bataille. Ma belle-famille n’a pas voulu que je continue à vivre avec eux. Jusqu’à maintenant, ils ne viennent même pas voir mes orphelins. »
Comme elle, d’autres femmes de la zone se disent privées des biens que leurs maris ont laissés : parcelles, économies, bétail. Une fois le deuil passé, elles se retrouvent sans ressources pour élever leurs enfants.
Selemani Sibomana, chef de la zone Rugombo confirme l’existence de ces cas de spoliation dans la zone dont il est responsable. « Ces conflits existent bien dans la zone que nous dirigeons », reconnaît-il. Par rapport à ces litiges, il dit privilégier la médiation : « Je m’efforce d’intervenir pour réconcilier les parties afin que les droits des femmes soient respectés. »
L’autorité locale va plus loin et interpelle l’État à intervenir en vue de garantir les droits des veuves : « J’appelle également l’État à intervenir pour garantir les droits des veuves. Les veuves peuvent être malmenées par leurs belles-familles. » Selon lui, ses services ont déjà traité une centaine de dossiers similaires. « Nous expliquons ((que les biens familiaux appartiennent aux veuves », précise-t-il.
La justice rappelle la loi
De son côté, Célestin Ndihokubwayo, président du tribunal de résidence de Rugombo nuance l’ampleur mais pas la réalité du problème. Il indique que ces genres de conflits sont portés devant la justice, même s’ils ne sont pas très nombreux.
Il rappelle le cadre légal : « Les veuves mariées légalement sont responsables des biens laissés par leurs maris. Ces biens doivent être gérés en bon père de famille, dans l’intérêt de la famille. » Pour le magistrat, « l’ignorance de la loi est à la base de ces conflits ».
Quant aux chiffres ,ils interpellent. Depuis le début de l’année 2026, plus de dix femmes auraient déjà été privées des biens laissés par leurs époux dans la seule zone de Rugombo selon le tribunal de Rugombo.
Ndihokubwayo rappelle qu’au-delà des statistiques, ce sont des familles entières qui basculent dans la précarité. Il précise que ce sont les enfants qui en sont les premiers touchés du fait qu’ils voient souvent leur scolarité interrompue faute de moyens.