En province de Gitega, l’élevage de lapins gagne progressivement du terrain et contribue à améliorer les conditions de vie de nombreux ménages. Les revenus issus de cette activité permettent à certains éleveurs d’acquérir du bétail, des terres ou encore de financer la scolarité de leurs enfants. Toutefois, le développement de la filière est freiné par les maladies, le manque de vétérinaires spécialisés, les difficultés liées à l’alimentation des animaux et un marché encore peu développé.

Plusieurs éleveurs de lapins de la province de Gitega affirment que la cuniculture a profondément transformé leur quotidien. Grâce aux revenus générés par cette activité, ils ont pu diversifier leurs investissements et améliorer le niveau de vie de leurs familles.
Certains témoignent avoir commencé avec un seul lapin avant de constituer progressivement un élevage plus important, d’acheter des poules, des chèvres, voire une parcelle de terrain. D’autres expliquent que les déjections des lapins servent de fumier pour les cultures, tandis que les bénéfices de la vente des animaux leur permettent de payer les frais de scolarité de leurs enfants.
Malgré ces résultats encourageants, les éleveurs déplorent les pertes importantes causées par des maladies dont l’origine reste souvent inconnue. Ils estiment que sans ces mortalités répétées, leurs élevages auraient connu une croissance beaucoup plus importante.
« Si nous n’avions pas perdu autant de lapins, nous disposerions aujourd’hui d’un cheptel beaucoup plus important », regrette un éleveur.
Hubert Muhoza, responsable des services de l’élevage et de la santé animale à la Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage de Gitega, reconnaît que la province manque encore de vétérinaires spécialisés dans les soins des lapins.
Il invite les éleveurs à renforcer les mesures d’hygiène dans les clapiers et à signaler rapidement tout symptôme de maladie aux services vétérinaires afin de limiter les pertes.
L’hygiène et l’alimentation, des éléments déterminants
Les spécialistes rappellent que la réussite de la cuniculture dépend largement du respect des règles d’hygiène.
Éric Vyumvuhore, éleveur modèle, estime que plusieurs mortalités sont liées au manque de maîtrise des techniques d’élevage. Selon lui, les lapins doivent recevoir une alimentation adaptée : des tourteaux le matin, de l’eau à midi et de l’herbe le soir, tout en maintenant les clapiers propres.
Il déplore que certains éleveurs laissent l’urine s’accumuler dans les clapiers ou distribuent des feuilles de chou en grande quantité. Or, explique-t-il, cet aliment contient beaucoup d’eau et peut provoquer des troubles digestifs pouvant entraîner la mort des animaux, en particulier chez les jeunes lapins.
Le manque d’espace favorise les maladies
La Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage rappelle que les lapins présentent une faible résistance à certaines maladies. Pour réduire les risques sanitaires, elle recommande de ne pas dépasser cinq lapins par mètre carré dans les clapiers.
Selon Hubert Muhoza, le respect de cette densité, combiné à une bonne hygiène et à un suivi vétérinaire régulier, permet de limiter les maladies et d’améliorer la productivité des élevages.
Lancé en 2023 sous l’impulsion du Président de la République, le programme national de promotion de la cuniculture continue de se développer. La commune de Gitega demeure la première du pays dans cette activité avec plus de 300 000 lapins, selon les données de la Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage.
Un abattoir moderne en quête de consommateurs

À Gasunu, dans la commune de Gitega, les habitants saluent la construction d’un abattoir moderne destiné aux lapins. Ils espèrent que cette infrastructure leur permettra de vendre leurs animaux à un meilleur prix et de valoriser davantage cette filière.
Certains se réjouissent également de la perspective de commercialiser les peaux de lapins, même si plusieurs reconnaissent ne pas encore connaître les différentes possibilités de leur transformation.
Cependant, Jean-Marie Vianney Ndayizeye, directeur de l’abattoir, explique que les activités ne tournent pas encore à plein régime. Selon lui, la population n’a pas encore adopté l’habitude de consommer régulièrement de la viande de lapin préparée dans des conditions modernes.
Il indique que la principale difficulté réside actuellement dans l’insuffisance de la demande plutôt que dans le manque de lapins disponibles. Une vaste campagne de sensibilisation est ainsi menée pour encourager la consommation de cette viande.
De son côté, la Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage estime que l’offre reste également limitée et appelle à poursuivre les efforts pour augmenter la production afin de répondre à une demande appelée à croître avec le développement de la filière.