L’économiste Diomède Ninteretse tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de la dette publique du Burundi, qu’il juge préoccupante. Selon lui, le pays doit plus qu’il ne génère en recettes, ce qui pourrait le plonger dans une situation économique délicate. Il recommande un renforcement des relations avec les grandes institutions internationales afin de réduire progressivement cet endettement.

D’après le rapport publié le site web de la Banque centrale du Burundi, la dette publique du Burundi s’élevait à 7 196,5 milliards de francs burundais en février 2025.
Partant de cette dette, l’économiste Diomède Ninteretse estime: « Le poids de la dette du Burundi, estimé à plus de 7 000 milliards, est un grand problème. Il faut dire que cette problématique n’est pas nouvelle, car cela date depuis une longue période. Le Burundi depuis plus de 15 ans fait face à une crise économique très structurelle qui a été aggravée par une dette publique, cela dans un contexte particulier où la croissance économique est aujourd’hui autour de 3%. »

Il explique que cette situation réduit l’accès du pays aux prêts des grandes institutions financières, ce qui entraîne une montée du chômage et freine la mise en œuvre des projets d’infrastructures.
« Quand vous vous mettez à contracter un crédit au niveau intérieur, cela veut dire que vous privez les ménages et les entreprises privées de contracter un crédit parce que les donneurs de prêts sont toujours favorables pour donner un prêt à l’État qui est souvent crédible, donc ce sont des conséquences directes. Il y a bien évidemment la hausse des dépenses publiques non productives. »
Il estime que l’État devrait réviser le système fiscal et intensifier la lutte contre la corruption, notamment dans le secteur minier.
« Le système fiscal burundais est peu efficace. On constate surtout qu’il y a une évasion fiscale. Le président de la République ne cesse jamais de le répéter, mais je ne vois pas d’actions concrètes que l’autorité politique est en train de prendre, parce qu’il y a une évasion fiscale pour certains commerçants qui bénéficient de quelques avantages. »
Il complète : « On constate qu’on n’est pas réellement en mesure de freiner cette hémorragie de la dette. Cela demande des actions concertées entre l’État, les bailleurs et le secteur privé pour amorcer une transition vers la stabilité économique et sociale et surtout prioriser la transparence et la rigueur budgétaire comme pilier de sa politique économique. »
Il souligne que l’augmentation de la production nationale constitue également l’une des principales solutions pour réduire l’endettement du Burundi.
3.002.380 FBU, une dette de chaque ménage
Entre février 2024 et février 2025, la dette publique du Burundi est passée de 6 230 milliards à 7 196,5 milliards de francs burundais, enregistrant une hausse annuelle de 14,6 %. Durant cette même période, la dette extérieure a légèrement baissé, passant de 643 millions à 640 millions de dollars américains. Par ailleurs, la Banque centrale indique que le crédit intérieur est passé de 7 399,2 milliards à 9 498 milliards de francs burundais, soit une augmentation de 20 % en un an.
D’après le recensement général de l’habitat, de l’agriculture et de l’élevage, la population du Burundi s’élève à 12 332 788 habitants. Avec la dette publique actuelle, cela représente une dette moyenne de 583 525 francs burundais par habitant.
Le Burundi compte 2 396 931 ménages, ce qui équivaut à une dette moyenne de 3 002 380 francs burundais par ménage. Par ailleurs, le déficit budgétaire prévu pour les exercices 2025 et 2026 dépasse les 4 780 milliards de francs burundais.