Au moment où la BRB a récemment autorisé l’utilisation de la monnaie chinoise « Yuan » pour les importations depuis la Chine, certains jugent cette mesure imparfaite. Selon eux, cette décision pourrait avoir des conséquences négatives sur l’économie du Burundi comme certains commerçants ne sont pas encore familiers avec les modalités d’usage du yuan. Ils plaident pour des études préliminaires et des mesures d’accompagnement.

Diomède Ninteretse, l’expert en économie, estime : « Je crois que c’est une décision qui vient juste parce que nous avons une crise qui devient une maladie chronique de manque de devises. Aujourd’hui, la BRB estime bien qu’en utilisant le yuan, cela pourra soulager la problématique de devises au Burundi. C’est une mesure très ponctuelle, surtout pour faciliter les importations. »
D’après cet expert, l’idée d’utilisation de la monnaie chinoise a comme but principal de stabiliser le marché de devises tout en réorientant une partie de la demande vers une économie plus accessible, notamment la Chine.
« Ce n’est pas une mesure qui va apporter une grande valeur ajoutée, parce que la Chine ne va pas donner l’argent gratuitement, ça veut dire que nous sommes obligés d’avoir de la production à vendre en Chine en échange avec les produits chinois.
Il complète : « À l’heure actuelle, on constate qu’on n’a pas des produits qui sont sollicités en Chine. Le Burundi va pouvoir encore une fois convertir l’argent local en yuan et convertir le yuan en dollars, ça va être trop compliqué pour rien, un avantage comparatif au niveau de long terme. La première conséquence qui est négative, c’est qu’on va dépendre effectivement de la Chine. »
Il estime que le privilège du yuan pourra conduire le Burundi à dépendre de la Chine.
« En privilégiant le yuan, le Burundi risque de renforcer une dépendance unilatérale à un seul pays fournisseur, ce qui peut fragiliser même la souveraineté économique à long terme. Donc vous savez que même la Chine vient de faire des contrats de concession avec les États-Unis. La Chine continue toujours à se plier à la volonté des États-Unis, ça montre que le dollar est une monnaie forte et connue internationalement pour mesurer l’économie d’un pays. »
Ninteretse explique que les commerçants burundais risquent de rencontrer des difficultés pour convertir le yuan en d’autres monnaies.
« Le yuan est une monnaie semi-convertible. Le commerçant peut rencontrer des difficultés à reconvertir le yuan en d’autres devises. Cette faiblesse de convertibilité du yuan peut contribuer négativement aux difficultés des commerçants. Certains commerçants ne sont pas encore familiers avec les modalités d’usage du yuan, notamment en ce qui concerne le système de paiement. Avec le yuan, c’est difficile. »
Selon lui, si cette décision vise à soutenir l’économie nationale, la BRB devrait intensifier la sensibilisation et offrir des formations sur l’utilisation du yuan.
La PARCEM craint pour l’économie nationale

Faustin Ndikumana, le directeur national de Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), quant à lui, il redoute que cette mesure ait un effet défavorable sur l’économie du pays et qu’elle puisse provoquer d’autres difficultés.
Il fait savoir : « Actuellement, le café représente 30 à 70 % des recettes d’exportation. Nous avons entendu qu’il y a une entreprise chinoise qui est venue négocier le marché d’importer le café burundais. Les recettes du café en dollars que le gouvernement a engrangées, maintenant, elles seront en yuan. Alors qu’en est-il du manque à gagner ? Est-ce que la BRB aura suffisamment de réserves d’échanges en yuan pour faciliter les transferts pour les banques commerciales pour payer les importations ?»
Il conseille le gouvernement d’y aller prudemment : « Pour éviter des conséquences fâcheuses, il faut d’abord que cette étude montre ce que le Burundi peut gagner par rapport à ces enjeux qu’on vient de décrire, pour qu’il n’y ait pas des conséquences comme l’importation obligatoirement en chiffre par le gouvernement ou par des opérateurs économiques. Cela peut avoir des répercussions au niveau de la qualité des importations, d’une imposition qui crée des tensions au niveau même politique ou dans les relations diplomatiques.»
Il complète : « La Chine gardera la marge de manœuvre au niveau de la manipulation, au niveau de la convertibilité du taux de change. Économiquement, le Burundi risque d’être comme une zone rattachée à la Chine et cela va réduire la marge de manœuvre du Burundi », dit-il.
L’OLUCOME propose des études préliminaires

Alexis Nimubona, chargé de communication au sein de l’Observatoire de lutte contre la corruption et la malversation économique (OLUCOME), précise que la décision d’autoriser les importations en yuan depuis la Chine mérite une analyse approfondie et des mesures d’accompagnement.
Il précise : « L’OLUCOME demande que de telles mesures soient prises avec des études à l’appui, car cela peut faire un impact négatif sur l’économie du pays. Actuellement, nous sommes dans la tendance de la dollarisation, alors si un tel pays choisit une telle tendance, les investisseurs ou les donateurs peuvent en prendre compte pour venir investir dans un pays ou appuyer les activités de développement. Alors c’est au pays de voir où il peut gagner plus. »
Il suggère des études préliminaires avant de prendre de telles décisions : « Une autre chose, c’est que nous ne voyons pas sur le terrain ou sur le marché les billets en yuan, d’où nous trouvons que les commerçants burundais trouveront des difficultés à trouver ces billets pour s’approvisionner en ces marchandises », raconte-t-il.