Des habitants de la province de Gitega et appellent à la vigilance face aux discours susceptibles d’inciter à la haine sur les médias. Ils estiment que de tels messages peuvent raviver les blessures du passé, diviser la population et, dans le pire des cas, contribuer à de nouvelles tensions dans le pays. Un professionnel des médias plaide pour le respect du code d’éthique et de déontologie.

Certains habitants de la colline Ngara, dans la province de Gitega, affirment ne pas avoir été exposés à travers certaines radios, à des propos incitant à la haine. D’autres, disent toutefois avoir gardé en mémoire des périodes où certaines radios diffusaient des informations susceptibles de provoquer la peur et les divisions au sein de la population.
Selon ces habitants, certaines informations diffusées dans le passé, notamment par des radios rwandaises écoutées au Burundi, faisaient état d’une prétendue guerre dans le pays. Ces messages, expliquent-ils, suscitaient l’inquiétude et la peur parmi la population.
Des discours qui peuvent raviver les tensions
Pour ces habitants, la diffusion de propos incitant à la haine peut contribuer à replonger le pays dans les conflits. Ils estiment que ces discours peuvent être motivés par des considérations politiques ou par la volonté de créer des divisions au sein de la communauté.
Les conséquences peuvent être importantes, préviennent-ils : division de la population, montée des tensions et, dans les cas les plus graves, risque de voir ressurgir des violences à caractère communautaire.
Ils appellent ainsi les autorités à assurer une surveillance accrue des médias qui diffuseraient de tels contenus et à prendre des sanctions lorsque des discours incitant à la haine sont avérés.
Ferdinand Ndayizeye, chef de la colline Ngara, partage cette préoccupation. Il estime que les autorités compétentes ne devraient pas prendre à la légère les médias qui diffusent des propos susceptibles d’attiser la haine ou les divisions.
Les médias, entre risque de division et outil de réconciliation
L’abbé Lambert Riyazimana, expert en communication, reconnaît pour sa part que certains médias, qu’il s’agisse de radios ou de la presse écrite, peuvent parfois diffuser des propos incitant à la haine. Selon lui, ces pratiques peuvent avoir de lourdes conséquences sur la cohésion sociale.
Il rappelle toutefois que les médias peuvent jouer un double rôle : ils peuvent être utilisés comme vecteurs de division, mais également comme des acteurs importants de la réconciliation et de la consolidation de la paix.
L’expert souligne que le Burundi et la région des Grands Lacs disposent d’une mémoire marquée par les violences auxquelles certains médias ont contribué, notamment à travers la diffusion de discours de haine ethnique, régionale ou religieuse au cours des années 1990.
« Réveiller les blessures du passé »
Pour l’abbé Lambert Riyazimana, la diffusion de messages de haine dans une société encore marquée par les traumatismes du passé peut réveiller des blessures qui semblaient s’être refermées.
Selon lui, les conséquences ne se limitent pas aux tensions entre communautés. De tels discours peuvent également affecter la vie familiale et sociale et provoquer une forme de paralysie de la vie nationale, notamment sur le plan économique, lorsque la population développe la peur et hésite à s’engager dans des activités ou des investissements.
Face à ces risques, l’expert appelle les professionnels des médias à respecter le code d’éthique et de déontologie qu’ils se sont eux-mêmes donné.